Les sols fersiallitiques de type “Terra Rossa” ou “Terra fusca” sont considérés comme caractéristiques du climat méditéranéen. Ces sols sont caractérisés par le processus de rubéfaction qui leur  donne une couleur rougeâtre typique. Lorsque des sols apparentés par leur minéralogie et leur couleur aux sols fersiallitiques méditerranéens évoqués ci-dessus sont rencontrés dans des régions plus humides et plus tempérées, la question de leur origine et leur âge se pose . La rubéfaction observée est elle le résultat d’un paléoclimat « méditerranéen » ou est elle encore actuelle, si c’est le cas quel en est l’explication ? Dans le Haut-Jura, sur le plateau de Nozeroy, à proximité du village de la Perrena (altitude moyenne de 700 m) le climat actuel n’est pas celui rencontré aux abords de Marseille, cependant de tels sols sont observables sur les calcaires valanginiens mais également sur les  moraines würmiennes. Ces sols rubéfiés ont été étudiés dans le détail par Jouaffre (1991)  qui établi  que la rubéfaction observée dans ces sols est lié à des conditions particulières du pédoclimat actuel. Dans les sols étudiés, l’auteur montra que le caractère rubéfié, correspond à la présence d’hématite qui est pourtant absente  de la roche mère (calcaire valanginien et/ou moraine ). Il conclut à une origine pédogénétique de l’hématite. De plus, la simple présence de tels sols développés à partir de moraines wurmiennes suffit à montrer le caractère récent (-18000 ans) et non paléoclimatique de ces sols rubéfiés. Ces sols ne se sont donc pas développés lors de phases climatiques plus chaudes que l’actuelle comme souvent avancé (à tord) par les géologues. Notons que, contrairement aux vraies “Terra Rossa”, les sols rubéfiés du Haut-Jura présentent une rubéfaction plus importante de l’horizon de surface qui se dessèche vite au printemps puisque cet horizon A comprends de nombreuses racines permettant un bon assèchement. Les conditions nécessaires aux processus de rubéfaction que sont les  alternances de phases d’humectation et de dessiccations sont actuellement assurées également par le caractère hyperdrainant du substratum calcaire fissuré. L’interaction climat-roche-végétation compense l’absence de climat « méditerranéen »  et permet alors à la rubéfaction de se faire.

 

Source: Jouaffre, D., Bruckert, S., Williams, A., Herbillon, A. and Kubler, B., (1991). Rubéfaction postwiJrmienne en climat montagnard humide j urassien. Rôe du pedoclimat et actualité du processus. Geoderma.

 

Des sols rubéfiés typiques du climat méditéranéen dans le Haut-Jura, explications…  dans Jura loca-300x225géologie aux abords du village (calcaires valanginiens en vert et moraines en pointillé)

 

sol-rouge-issu-du-valanginien-11-199x300 hématire dans Jurasol-rouge-issu-de-moraine-w%C3%BCrmienne1-300x199 rubéfaction